La Tradition Orale Enfantine constitue un répertoire des plus vivants qui puissent exister depuis la nuit des temps, malgré les changements de sociétés et quelles que soient les civilisations.
Elle est un matériau pédagogique et artistique particulièrement intéressant dans le domaine musical et gestuel et qui contribue plus largement à l’épanouissement global de l’enfant.
Les premiers instants de communication verbale, mélodique, rythmique entre l’adulte et l’enfant que représentent les berceuses, comptines, jeux de doigts, de visage, sauteuses, petites rondes, jeux dansés… sont indispensables à l’apprentissage de la langue et de la musicalité de ses mots qui sont propres à chaque culture. Ils permettent à l’enfant de prendre conscience et connaissance de son corps (jeux à nommer les doigts, les parties du visage, les positions corporelles…), de coordonner sa voix et sa gestuelle (rondes à mimer, jeux de balles et de cordes, tape mains par exemples), de se forger son identité familiale et/ou régionale… des moments de transmission qui sont des repères importants pour le développement de la personnalité de l’enfant.
Comme l’a écrit Catherine Juliet-Delpy, psychopédagogue : « Accompagner un enfant dans son entrée dans la langue, c’est jouer avec lui, le stimuler grâce à la musique de cette langue, à ses sonorités. Bercer, chanter, parler, murmurer, c’est l’aider à découvrir en s’appuyant sur son propre corps à la faveur d’un clavier de gestes ou d’une mémoire de mots. Rythme, mélodie, harmonie ou cacophonie s’imprègnent en lui grâce aux chants, aux comptines, aux jeux qui lui sont proposés au gré des rencontres. Pouvoir transmettre de soi à l’autre, continuer à construire sa propre identité, partager, échanger, grandir en même temps que l’enfant et ainsi le faire devenir passeur d’une culture à l’autre, d’une langue à l’autre… »1.
La littérature orale de l’enfance est donc avant tout fonctionnelle ; ces différentes formes suivent pas à pas les enfants de la naissance jusqu’à leur sortie de l’enfance. Elles bercent leurs premiers sommeils, rythment leurs premiers gestes puis se transforment en jeux chantés, mimés, dansés… elles mettent tous leurs sens en éveil. La littérature orale de l’enfance continue de résister, de se transmettre, de renaître. Ces formes simples permettent encore et toujours aux enfants d’aujourd’hui de jouer avec l’imaginaire, de rêver, de créer en prenant parfois en compte l’actualité du monde qui les entoure.
Le répertoire présenté ici est issu de collectages réalisés dans la région du Poitou et de l’Aunis-Saintonge et sont placés sous le signe du plaisir, du partage, de l’écoute, de la transmission de ce savoir qui s’inscrit dans une permanence comme une sorte de mouvement perpétuel puisque cette tradition orale se régénère en permanence dans les espaces communautaires propres à l’enfance (famille, école, centre de loisirs, colonie de vacances…), malgré des changements de société importants.
Extrait de l’Avant-propos intitulé « D’une langue à l’autre » de l’ouvrage « A travers vies, à travers chants – le patrimoine chanté des familles à l’école » par Chantal Grosléziat – Editions ScérEn/Académie de Créteil